polic senegalaisDepuis quelques mois, il ne se passe pas un jour sans que la police n’agresse, ne violente ou ne tue des citoyens. Avant-hier c’était Fallou Sène étudiant à l’université, hier c’était le jeune commerçant Modou Diop tué à la Médina! Qui sera le prochain, à qui le tour?

A ce rythme, personne n’est à l’ abri, et l’on risque un jour ou l’autre d’être la proie de ces hommes en tenue. Pourquoi les forces de sécurité usent et abusent de la violence de façon aussi systémique? Pourquoi, ils aiment blesser, insulter, humilier? Qu’est ce qui pourrait être fait pour que ces hommes de tenues restent au service du citoyen et de l’État ?

’Servir et Protéger, courtoisie -respect’’ tel est entre autre message que l’on peut lire sur des voitures de patrouilles dans la plupart des villes canadiennes. Je peux parier que le slogan de notre police est encore meilleur et va peut-être même plus loin! La trame qui guide le travail du policier de Montréal tourne autour de 4 engagements : Protéger la vie et les biens des citoyens; Maintenir la paix et la sécurité publique; Prévenir et combattre le crime; Faire respecter les lois et règlements en vigueur.
La différence c’est qu’ici au Canada ces écrits ne sont pas de vains mots (bien sûr il y a des abus, mais gare au policier qui a les preuves contre lui, la sanction va de soi). Ça se vit et la quasi-totalité des forces de police demeurent au service des populations. Ça tombe dans le bon sens. Ces forces sont payées par le contribuable, ni par le Premier ministre canadien, ni par le Président de la république du Sénégal, mais par le CONTRUBUABLE (The tax payer).
Le minimum que l’on devrait pouvoir attendre des policiers sénégalais c’est le respect et la courtoisie vis-à-vis du citoyen. Face à nos inquiétudes, nos angoisses, nos questionnements et face à l’exercice démocratiques de droits comme la manifestation pacifique, nos hommes de tenue nous servent l’intimidation, l’agression, la violence physique et verbale, et j’en passe. Si l’État détient le monopole de l’exercice de la violence, il doit l’exercer pour le compte et au nom des populations qui, ultimement sont les seules détentrices de la souveraineté. Par conséquent, aucun citoyen ne doit faire l’objet d’humiliation et de violence, comme on en voit tous les jours avec nos forces de sécurité. Même le citoyen qui commet une infraction doit pouvoir être respecté et traduit devant les juridictions compétentes, à charge pour ces dernières de sanctionner. Pourquoi diable frapper, torturer humilier, pourquoi? Je ne trouve pas de réponse.
Que constatons-nous : les tenants du pouvoir, leurs satellites et les nantis sont à l’ abri et bien protégés par la sécurité publique. Par contre le citoyen lambda, l’opposant au régime et la société civile sont souvent malmenés, brutalisés par nos forces de l’ordre. Au moment où des enfants sont enlevés, des policiers sont à casser de l’opposant. Le récent vote sur le parrainage en est une parfaite illustration. Il faut que la violence gratuite cesse.
Il incombe aux autorités de repenser le mandat de la police et d’encadrer l’exercice de la puissance publique par les forces de l’ordre. IL FAUT QUE LES POLICIERS QUI ABUSENT PUISSENT ÊTRE SANCTIONNÉS s’il est avéré qu’ils violent la loi. Il faudra instituer des organismes indépendants pour recevoir des plaintes, enquêter et proposer des sanctions sur les policiers indélicats. Ce qui a ma connaissance n’existe pas au Sénégal. Dans notre pays, les victimes des abus policiers peuvent théoriquement se plaindre auprès du procureur de la république (hiérarchiquement dépendant du ministère public, donc du ministre de la justice). Quelle victime va se plaindre sachant la suite qui sera réservée à sa plainte? D’ailleurs savent-elles qu’elles ont la possibilité de se plaindre?
Dans les démocraties avancées comme au Canada, il y a de plus en plus d’organismes qui surveillent l’action des forces de l’ordre. C’est le cas de la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC, qui est un organisme indépendant qui examine les plaintes du public liées à la conduite de membres de la Gendarmerie Royale Canadienne. Au Sénégal, il faudrait rebâtir les liens de confiance entre les forces de sécurité et le public. Le premier pas est d’aménager des recours à la portée des citoyens pour leur permettre de dénoncer les abus. Il faudra aussi à mon humble avis, repenser la formation de nos hommes de tenus (approche d’intervention, empathie, écoute …etc.). C,est le lieu de poser la question de la pertinence de leur doter des ‘’lif’’, ce gourdin en caoutchouc traumatisant (demander à l’un de mes amis qui l’a appris à ces dépend quand il a voulu escalader le mur du stade Assane Diouf lors d’un match de navétane, il y a de cela quelques années). Pourquoi ce lif subsiste. Son seul but est de faire mal.
L’autre volet qui me semble important, c’est l’impunité du fait de l’intervention d’autorités politiques et étatiques qui protègent des policiers. La loi devrait s’appliquer à tout citoyen fût-il homme de tenue.
Heureusement, tout n’est pas pourri, Récemment deux vidéos qui circulaient dans les réseaux sociaux me confortent dans l’idée que nos forces de l’ordre peuvent se ressaisir, que tout n’est pas perdu. Dans la première vidéo, j’ai vu un haut officier gradé de la police sermonné ses troupes en puisant dans les valeurs de la religion. C’est une démarche novatrice si ça peut changer les comportements des policiers. Dans la deuxième vidéo, il s’agissait d’un jeune officier qui n’a pas hésité à aller vers les manifestants. Il a pu éviter la confrontation, juste en écoutant, en nouant le dialogue avec des jeunes qui tenaientt à exercer un droit garanti par la constitution. Ce jeune gendarme a pu trouver un terrain d’entente pour leur permettre de faire leur marche pacifique. Ne perdons pas espoir et travaillons à changer la culture de la violence très encrée dans nos forces de sécurité.

Moctar Fall
Ottawa – Canada

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